Fable – Le renard et le bouc – Jean de la Fontaine

 

Fable

Le renard et le bouc – Jean de la Fontaine


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ETUDE DE LA MORALE

LE RENARD ET LE BOUC
Fables, Livre III – 1668

Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez ;
L’autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d’eux se désaltère.
Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous, compère ?
Ce n’est pas tout de boire, il faut sortir d’ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :
Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m’élevant,
A l’aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t’en tirerai.
– Par ma barbe, dit l’autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n’aurais jamais, quant à moi,
Trouvé ce secret, je l’avoue.
Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l’exhorter à patience.
Si le ciel t’eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n’aurais pas, à la légère,
Descendu dans ce puits. Or, adieu, j’en suis hors.
Tâche de t’en tirer, et fais tous tes efforts :
Car pour moi, j’ai certaine affaire
Qui ne me permet pas d’arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.

« En toute chose il faut considérer la fin »

La fable de La Fontaine intitulée “Le Renard et le Bouc” [1668] oppose précisément à la courte vue du bouc, le stratagème du renard. Si la morale finale, aussi courte que sèche (”En toute chose il faut considérer la fin”), stigmatise le manque d’expérience, la naïveté voire la bêtise du bouc, elle ne légitime pas pour autant la tromperie du renard. Ce serait en effet se méprendre sur les intentions du fabuliste Jean de La Fontaine que d’interpréter le texte comme une justification de la tromperie, du cynisme. Il faut plutôt voir dans la morale de la fable un appel à la lucidité et à la raison : si les plus hauts placés dans la hiérarchie de l’intelligence abusent ainsi des plus faibles et des plus démunis, c’est parce qu’ils en connaissent la vulnérabilité. Autrement dit, les faibles d’esprit sont vulnérables : ils se laissent facilement abuser, tromper. Leur point faible : le manque de lucidité, de clairvoyance, de perspicacité. La crédulité consiste dans une tournure de l’esprit portant quelqu’un, par manque de jugement ou par naïveté excessive, à croire facilement les affirmations d’autrui portant sur des faits ou des idées sans fondement sérieux ou sans vraisemblance.

Etre crédule, c’est croire sans évidence, sans démonstration. Le crédule croit trop facilement et trop naïvement des choses qui sont parfaitement invraisemblables. La crédulité est donc un acte d’ignorance et de sottise : le crédule ne sait pas douter. Au contraire, l’homme sensé et intelligent, examine, scrute la réalité, et en tire un jugement solide. Il faut savoir se méfier, se défier des habiles orateurs, des beaux parleurs, des bonimenteurs. Le personnage du Bouc dans la fable se caractérise par sa naïveté, sa candeur, son inexpérience de la vie. Il a pris au sérieux les vaines promesses de l’antipathique « Capitaine Renard », le faux-ami, le fourbe. Le Bouc montre une admiration plutôt niaise pour son compère [« je loue les gens bien sensés comme toi »], alors que le moyen de s’extirper du puits est assez enfantin : se faire la courte échelle !

Tout à la fois candide à l’excès, un peu niais et d’une naïveté désespérante, le Bouc, un peu lourdaud, manque de tout : de présence d’esprit, de sagacité, de clairvoyance, de pénétration, de finesse d’esprit, de flair, de lucidité, de prudence.

La fable a donc valeur d’avertissement.
L’immaturité, le manque de discernement, la crédulité sont autant de défauts des dupés et des sots ! Leur ignorance et leur bêtise sont à stigmatiser autant, sinon plus, que la malignité des trompeurs qui invite d’abord à la prudence et à la réflexion.

Un très vieux proverbe dit bien que « la vérité est au fond du puits » pour signifier que toute vérité est difficile à découvrir, que l’humble vérité se cache au fond des puits. Une autre expression proverbiale, « montrer à quelqu’un la lune dans un puits » veut signifier que l’on peut duper, tromper quelqu’un par de fausses apparences. Ici, le Renard (un puits de science et de fourberie), « passé maître en fait de tromperie », se joue de son compagnon en usant de détours. Il manœuvre habilement en faisant croire à son « compère » qu’il est secourable, charitable, qu’il a l’habitude de venir volontiers en aide à autrui. Il prétend se porter au secours de quelqu’un qui se trouve dans une situation de danger extrême alors que lui-même partage le même sort. Le Bouc se laisse prendre « à la légère », il se laisse séduire.

En définitive, ce qui caractérise le rusé, c’est sa duplicité : le renard adopte un comportement différent de ses paroles consolatrices, de ses promesses verbales [« De ce lieu-ci je sortirai //Après quoi je t’en tirerai »], il fait semblant d’avoir des sentiments en vue de tromper par dissimulation (les faux-semblants de l’amitié secourable, de la vertu, de la bienveillante bonté, de l’hypocrite politesse, etc…). Son comparse se laisse bercer par des promesses en l’air, par de belles paroles ronflantes, il se laisse berner.

La leçon philosophique de La Fontaine s’énonce dans le dernier vers de la fable : « En toute chose il faut considérer la fin ». Autrement dit, il faut réfléchir sur le but, la finalité de chaque action que l’on entreprend. La fin semble justifier les moyens, pour La Fontaine. La « fin », c’est ce qui constitue le but de notre action, ou de celle des autres. Toute intention humaine doit comporter un objectif. Toute action doit avoir un but déterminé. Plus précisément dans cette fable, le mot « fin » indique une issue bonne ou mauvaise, heureuse ou malheureuse, qui résulte d’une action humaine. Il s’agit du dénouement, de l’aboutissement d’une quelconque affaire, de la conclusion d’un déroulement d’actions diverses.

Cette qualité essentielle définit justement ce qu’est la raison, la pensée. L’intelligence humaine consiste dans cette faculté de se représenter d’avance en esprit (dans son raisonnement, dans son jugement, dans son entendement) ce qui doit se produire ultérieurement. Plus simplement, être intelligent c’est être capable de prévoir, d’attendre un résultat, c’est avoir une idée de l’action à venir et de ses conséquences (facultés d’anticipation et d’adaptation).

Enfin, il ne faut pas accorder sa confiance aveuglément. Le Renard se prétend l’ami du Bouc : c’est un manipulateur sournois, à la fois pervers et sans scrupules. Méfiez-vous des hâbleurs, des discoureurs, des baratineurs, surtout quand ils se prétendent vos amis, semble prévenir notre fabuliste.


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  • Ajoutée le 21 mars 2015
    Le Renard et le Bouc – Fables, Livre Troisième, Fable V
    Jean de La Fontaine (1621-1695)
    Lecture : René Depasse – Illustration : Gustave Doré
    Source audio : www.litteratureaudio.com
     
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  • Ajoutée le 15 janv. 2013 (Hellokids.com)
    Vidéo de Le Corbeau et le Renard – les Fables de La Fontaine en dessin animé
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